20 mai 2006

Conclusion de Ghislain d’Alançon,

« Je ne tenterai pas de faire une synthèse de tout ce que l’on vient d’entendre. C’est à vous de la faire puisqu’elle vous appartient !

Rêvons nous assez ? J'ai confiance car je vois une nouvelle génération se lever avec un idéal fort, un talent étonnant, une générosité dans le don de soi qui sont extraordinaires. Les aspirations fondamentales de l’homme s’expriment de plus en plus intensément à travers la quête de sens et d’idéal, la résurgence des questions essentielles la recherche de valeurs et de repères. J'ai confiance car, dans cette quête d’humanité et de lumière, nos contemporains se posent de bonnes questions et refusent les réponses convenues. Ce sont à mon sens, des signes importants d’espérance pour le monde d’aujourd’hui.
Votre présence aujourd’hui, ainsi que l’intérêt que vous avez montré à ces discussions, l’attestent.




Comme le dit Marcel Proust, « la vraie découverte, ne consiste pas, à chercher de nouveaux paysages, mais à changer de regard », c’est vraisemblablement à un changement de regard, auquel nous avons été invités, en vue d’une découverte active de l’avenir.

De nombreuses énergies positives et créatives n'ont de hâte que de s’exprimer. Encore faut-il les conforter, les réveiller, et les ancrer dans les valeurs profondes de l'humanité. Cela constituera vraisemblablement le socle d'une société, plus créative, plus entreprenante, plus juste et plus humaine. »

19 mai 2006

Qu’est-ce qui fait bouger l’homme ? 3ème plateau

Antoine Vacarro interpella alors Axel Kahn et Jean-Marie Lustiger avec la question suivante
« Qu’y a-t-il dans le futur qui pousse toutes les espèces, par de complexes stratégies, à tenter par toute leurs forces d’y envoyer leurs gênes ? Quels sont les mécanismes qui expliquent la pulsion vitale ? »




Axel Kahn y répondit de la façon suivante :
« En fait, la diversité des êtres crée un déséquilibre dans leur système qui a avantagé certains plus que l’autre. Et la volonté de transmission de ses caractéristiques à sa descendance est le mécanisme de l’évolution.
On ne peut pas ramener la richesse humaine à une humanisation de ce mécanisme simplement. Pour quelque raison que ce soit, l’homme a acquis la capacité de se fixer des actions dont le dessein est tout autre : il peut se revendiquer d’une filiation qui n’a plus rien à voir avec les gênes : filiation par le cœur, par le projet, par l’amour. L’exemple de l’adoption d’une enfant montre bien que le désir de transmettre et d’éduquer peut être totalement disjoint de la transmission génétique. C’est l’une des caractéristiques de notre puissance humaine qui n’a plus rien à voir avec cette énergie vitale.
Je pense que la grande caractéristique de l’humanisation, c’est que l’homme et la femme peuvent se servir de cette énergie humaine pour la transformer et avoir des desseins typiquement humains même s’ils ne passent pas par la procréation. »


Le cardinal Lustiger répondit à la question de la façon suivante

« L’homme est plus qu’un être de chair et de sang ; il est capable de cette réalité spirituelle, morale, qui fait que le beau, le vrai, le bien ne sont pas des paramètres qui s’apprécient quantitativement … car c’est le secret même de la liberté humaine et de son énigme.





Il n’y a pas de vie ratée tant qu’un être humain est capable d’achever l’humanité de sa vie dans un acte d’amour, de don et un acte de pardon. »

Ce fut la conclusion de ce troisième plateau.

18 mai 2006

Avenir et Amour sont-ils liés ? 3ème plateaua

Valérie demanda alors si l’avenir n’est pas lié à l’amour de la façon suivante « Mes périodes difficiles correspondent souvent aux périodes où je n’ai pas su donner ou recevoir de l’amour… Parfois on ose plus donner de l’amour parce qu’on a peur, parce qu’on est perdu, et du coup on ne croit plus dans l’avenir. »

Pour le Cardinal Lustiger, « il n’y a jamais de vie définitivement ratée ». La réussite d’une vie est toujours à porté de main pour toute vie humaine.
« J’ai dit cela à des souffrants, des mourants, des prisonniers, des condamnés, à des vies gâchées à vue humaine… et ce n’était pas un discours gentil et réconfortant. Chacun, tant qu’il a cette conscience de soi, est capable d’accepter son destin intime, sa réalité infiniment précieuse. Je pense que tout être humain représente à lui seul, dans la solidarité avec tous les autres, un chef d’œuvre inaccessible de beauté et de grandeur. Car un être humain n’est pas seulement un amas de cellules qui se décomposera, c’est quelqu’un.
Tant que nous sommes doté de cette conscience, nous sommes capable de ce vis-à-vis de l’autre, le prochain, le voisin, à l’image de qui je suis formé. Consentir à ma propre vie, par le pardon, l’amour et le don, c’est réconcilier chaque chose avec soi-même. C’est comme si dans une musique, enfin sonnait l’accord absolument parfait et inouïe, d’une musique qui s’exprime en un seul instant. Et cela c’est la musique secrète de chaque existence. Ce qui fait qu’à cet égard nous sommes tous à égalité, chacun de nous est capable de donner ce son. Et du coup, la vision du monde que l’on peut avoir quand on a cette évidence, qui est un acte de foi en la réalité de mes semblables, commande une vision de l’ensemble du destin de l’humanité ; alors même que la société peut traverser des périodes tragiques. Ce regard peut nous permettre de réévaluer autrement le regard que nous portons sur l’histoire et sur les projets des hommes. Et chacun est responsable du tout, comme une chaîne : si peu que l’on tire d’un côté ou d’un autre, on agit sur les forces en puissance et quelque chose se passe ».
Puis le cardinal partagea son expérience de rencontre avec le Pape Jean-Paul II qu’il a connu intimement « J’ai été frappé de son humanité à l’égard de chacun, il saluait chacun individuellement et personnellement. Il avait une perspicacité stratégique sur les événements du monde, qui étonnait les politiques. En effet, sa vision du monde et de l’histoire n’était pas référée seulement au calcul des forces en présence mais sur une vision de l’homme éclairée par la dimension divine de l’existence humaine et en même temps, l’objectif donné à l’agir humain de vivre divinement cette condition humaine. Cela fait que l’homme est appelé a surpasser les déterminismes de sa condition, pas simplement par ambition de possession ou de pouvoir, mais par excès d’amour et de don ; ce qui est vitalement nécessaire à l’équilibre du monde. Cette vision du très long terme, du terme inaccessible de l’histoire humaine, éclairait son raisonnement sur les déterminismes politiques.
Il avait une lumière qui est son espérance, la perception d’une dimension dont il était le témoin. »

Lecture du texte « Désirs » par Bruno Ricci

17 mai 2006

Un dialogue entre un croyant et un athée - 3ème plateau

Il est alors demandé à Axel Kahn si l’on envisage l’avenir différemment sans quête spirituelle :

« Après une éducation catholique, à l’âge de 15 ans, je me suis rendu compte qu’en réalité je ne croyais pas… Mais je ne pouvais manquer de me poser la question de la direction, du sens que je voulais donner à mon existence, bien que pour moi l’existence n’a pas de sens. J’ai dû d’autre part, refonder l’évidence de la valeur de l’autre sur de nouvelles bases : l’humanisme va de soi pour le croyant, mais dès lors que cela disparaît, c’est plus difficile.
Finalement, chrétiens et non chrétiens peuvent se retrouver sur la réflexion suivante : aucun avenir ne mérite qu’on y accorde son action, d’être évoqué, si l’épanouissement de l’autre et un monde plus juste n’en est pas l’objectif. C’est la seule justification de l’action humaine. »


Ce à quoi le cardinal Lustiger répondit :
« Mon itinéraire personnel est exactement opposé de celui d’Axel Kahn puisque je ne viens pas d’un fond croyant et encore moins chrétien.
Il me semble que l’une des questions les plus fondamentales de l’existence humaine est la suivante : l’idée naïve de la réussite ou du bonheur est contredite par une expérience qui frappe le voisin et qui peut vous frapper vous-même. J’ai réalisé cela très tôt …
Du coup il faut répondre a cette énigme : pourquoi est-ce que l’injustice me frappe ? Que signifie le fait d’être homme ? A quoi cela sert et où cela mène ? Et quelle est la vraie réussite, la vraie ambition d’une vie ? Qu’est-ce qui faut faire de sa vie ?
Cette question est liées à la condition humaine et de ses blessures dues non simplement au fait des circonstances, mais dues à la vie sociale elle même.
Autrement dit, qu’est donc cette condition humaine où les êtres humains sont ainsi faits : au lieu d’être bienveillants les uns pour les autres, il apparaît presque comme nécessaire qu’ils se fassent du mal, qu’ils s’entre tuent, que le mal de l’homme vienne de l’homme, et non d’une puissance cosmétique contre laquelle on ne peut rien ? Y a-t-il donc dans la liberté des hommes une fatalité ? Quelle est donc cette énigme de la condition humaine. Il n’y a pas de réponse toute faite à cette question. C’est une question qui ne cesse de se poser et la réponse est une manière de faire face à cela… Comment ? Certains conditionnements de certains métiers doivent faire face à la souffrance de l’autre… mais ce n’est pas la vraie réponse !
Toutes ces questions que je me posais s’inscrivaient sur un fond de conscience biblique, avec la connaissance qu’il y a une histoire dans l’histoire de l’humanité et qu’il y a une histoire du salut…que cette histoire concerne un appel, des hommes et des femmes et qu’il faut y répondre. Et du coup, il y a une responsabilité devant la souffrance, devant le mal, même devant le malheur.



Je voudrais vous partager deux textes qui m’on marqué puisqu’ils me semblaient exactement circonscrire le chemin sur lequel je m’avançais et que je cherchais à davantage explorer :
- « Tout est vent et poursuite de vent », l’Ecclésiaste : c’est-à-dire la vanité de toute chose
- Et Job qui demande à Dieu raison de sa souffrance dans le livre de Job»

16 mai 2006

La réussite n’est-elle que pour les « beaux ? » 3ème plateau

La réussite n’est-elle que pour les « beaux ? »

A la demande du public, qui trouvait que la discussion s’orientait vers un dialogue entre des personnes qui ont réussi, des « héros », il fut demandé aux intervenants de parler de la faiblesse, de la souffrance, et de la petitesse.

Ainsi le cardinal Lustiger commença sur le thème :

« Un mot a hanté mes 20 ans : et ceux qui sont nés avec une sale gueule ?, ceux qui n’ont pas eu de chance et qui n’en auront pas, quel est leur destin ?
Je crois que cette question est la bonne question parce que si l’on considère la condition humaine, dans le sens où es hommes sont solidaires, nous ne pouvons pas simplement ambitionner d’être à la tête du peloton et de ne pas s’occuper de ceux qui sont derrière.




Et cela soulève deux grandes questions :
- quel est le lien entre ceux du peloton de tête et ceux qui sont derrière ? Et quel est le destin des hommes ? et non seulement de ceux qui sont sensés réussir (puisque la providence est pour chacun) ?
- et il est important de se demander : qu’est ce que c’est que la réussite ? Puisque pour tout homme, la vérité élémentaire est que tout cela finira tôt ou tard, et qu’un jour ou l’autre, nous éprouverons cette étrange chose qu’on ne vit qu’une fois : notre propre mort. (…) Il y a chez ceux qui ont le mieux réussi parfois autant de détresse que chez ceux qui sont abandonnés. »

Ce à quoi le professeur Axel Kahn a répondu :
« J’ai l’impression que les temps modernes sont caractérisés par la peinture d’un avenir qui n’est sans doute pas rose mais inéluctable ; donc on n’a pas le choix, il faut s’y engager.
Dans ces temps modernes il y a les héros et ceux qui ne sont pas des héros, ceux qu’ont hésite à montrer.
Le héros, on le connaît : il est jeune, beau, efficace, productif ou consommant.
Et celui qui n’est pas beau, pas consommant, pas producteur, pas efficace, parce qu’il a une très sale gueule ou gueule fatiguée et hors des standards qu’il s’agit d’admirer… Et cette société est schizophrène puisque dans la même période, c’est une société où l’on vit de plus en plus vieux, c’est-à-dire une société que l’on bâtit justement à l’encontre de la société idéale et que l’on doit aimer. »

Jean-Marie Lustiger raconta alors que dès sa petite enfance, il était habité par le sentiment que chacun était fait, avec sa part de bonheur, pour être au service des plus malheureux. Sentiment d’être solidaire de la foule des hommes et d’être conscient qu’il y a du malheur et de l’injustice, et que cela peut toucher tout le monde.
« La réussite, l’ambition est très relative à cette première perspective qui est d’aider les malheureux, c’est cela qui justifie la condition humaine. Et il faut avoir assez de force en soi même pour savoir faire face au malheur. Et cela m’a aidé à vivre.
Puisque chaque histoire vient s’inscrire dans l’histoire de l’humanité, il y a une perspective d’ensemble, une vision des hommes et du monde.
Est venue s’inscrire dans cette vision, la question de Dieu. Cette question était toujours liée à la question du sens de l’existence. Dieu n’est pas un artifice pour donner du sens à la vie….Mais il est l’inconnaissable, face à qui l’homme se découvre, par surprise, lui-même, et que nous ne pouvons connaître que parce qu’il se fait connaître comme un événement. Inconnaissable parce qu’il est au dessus des prises de l’homme, sinon il ne serait pas Dieu. Il s’agit d’une conviction qu’il y a un appel fondamental sur l’humanité et peut être sur certains destins dans l’humanité à l’égard du monde entier. »

Pourquoi se protéger puisque la vie est ce qu’elle est, avec sa beauté et ses horreurs-2ème plateau

Ce troisième et dernier plateau fut introduit par Arthur H au piano qui, pour la plus grande joie du public, interpréta 3 chansons.

La conversation fut animée par Hubert Tassin et mit en dialogue Arthur H, Axel Kahn, le cardinal Jean-Marie Lustiger et Antoine Vaccaro avec pour interviewers Olivier Pichon, Valérie Rocher, Geoffroy de la Tullaye et xxx


Plateau 3


Arthur H au piano en début de plateau :

Une chanson sur l’avenir, puis le récit d’un chercheur d’or, à la poursuite du bonheur et la troisième, inattendue, puisqu’il s’agit d’une reprise de « Mary Poppins » : l’histoire de Chimney : ramoneur qui cherche sa chance dans la suie et la nuit. Pour Arthur H, c’est une évidence que l’on trouve la lumière lorsque l’on est passé par la noirceur de la cheminée, par la difficulté du conduit sale et obscur.


Pour faire suite à son témoignage sur le premier plateau, l’animateur demande à Arthur H : « Est-ce que le fait d’avoir de la tendresse pour soi même permet de se protéger contre la vulnérabilité et de tout ce qui dans la vie n’est pas idéal ? »

« Pourquoi se protéger puisque la vie est ce qu’elle est, avec sa beauté et ses horreurs », répondit Arthur H… « Pour moi, plus on s’aime, plus on est prêt à s’ouvrir et moins on a pas besoin de se protéger.
On a une part de liberté dans la vie, une part de choix mais aussi un héritage culturel et émotionnel : tout ce que tes parents, grands parents ont vécu, rêvé, leurs réussites, leurs échecs… et tout cela travaille en soi. Et parfois on se protège de certaines choses non pas parce qu‘on les vit mais parce qu’elles ont agressé nos ancêtres. Cela demande un travail de guérison de soi-même pour arrêter de se protéger et s’ouvrir à l’inconnu, à la vie. Et tout cela demande de la persévérance.
Finalement, on en sait pas qui l’on est, cela reste un mystère… mais on le pouvoir grâce a notre conscience d’essayer clarifier tout cela et ouvrir les yeux sur le monde, qui est dur mais tout autant merveilleux. Pour moi il n’y a pas de pessimistes ou optimistes, ce qui compte c’est de voir la réalité du monde et puis ensuite on a le pouvoir d’agir. On est beaucoup plus puissant et créateur qu’on ne le croit. Et à travers la possibilité de s’inventer, de rêver, de se protéger… on peut arriver là où l’on veut ! Tout est possible, même en partant de très bas ! »

15 mai 2006

Hasard contre volonté - 2ème plateau

L'image des spermatozoïdes, lancée par Geoffroy précédemment, ne pouvait que faire réagir Axel Kahn, qui a aussitôt souligné la différence «radicale» entre le spermatozoïde «sans volonté» et l'homme qui « ose vouloir ».


« Si je devais faire un diagnostique de la crise que l’on traverse aujourd’hui, je dirai que notre monde se prend un peu trop pour des spermatozoïdes !, comme des cellules sans volonté qui sont le jouet des éléments, de notre environnement… La seule possibilité, c’est de se dire que l’avenir n’est pas déterminé et qu’il dépend de nous même, à une seule condition : que l’on ose vouloir, en sachant que la volonté peut être efficace »

René Girard ajoute alors que ce qui est important c’est d’être « en faveur de la vérité avant tout. »

Bruno Ricci, comédien, récite un texte de Chateaubriand : « Nous verrons »

François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848)
(Recueil : Poésies diverses)

« Nous verrons
Le passé n'est rien dans la vie,
Et le présent est moins encor ;
C'est à l'avenir qu'on se fie
Pour donner joie et trésor.
Tout mortel dans ses yeux devance
Cet avenir où nous courrons ;
Le bonheur est espérance ;
On vit, en disant : nous verrons.

Mais cet avenir plein de charmes,
Qu'en est-il lorsqu'il est arrivé ?
C'est le présent qui, de nos larmes,
Matin et soir est abreuvé !
Aussitôt que s'ouvre la scène
Qu'avec ardeur nous désirons,
On bâille, on la regarde à peine ;
On vit, en disant : nous verrons.

Ce vieillard penche vers la terre :
Il touche à ses derniers instants ;
Y pense-t-il ? Non : il espère
Vivre encore soixante-dix ans.
Un docteur, fort d'expérience,
Veut lui prouver que nous mourrons ;
Le vieillard rit de la sentence
Et meurt, en disant : nous verrons.

Valère et Damis n'ont qu'une âme,
C'est le modèle des amis.
Valère en un malheur réclame
La bourse et les soins de Damis :
" Je viens à vous, ami si tendre,
Ou ce soir au fond des prisons...
- Quoi ! ce soir même ? - On peut attendre.
Revenez demain : nous verrons. "

Nous verrons est un mot magique
Qui sert dans tous les cas fâcheux.
Nous verrons, dit le politique ;
Nous verrons, dit le malheureux.
Les grands hommes de nos gazettes,

Les rois du jour, les fanfarons,
Les faux amis, les coquettes,
Tout cela vous dit : nous verrons. »

Axel Kahn en profite pour orienter le débat sur le respect de l’altérité : «Tout dessein de vie qui ne prend pas en compte le respect des valeurs de l’autre – qui m'édifie et que j'édifie –, et le respect qui lui est dû (qu'il ait un joli minois, une sale gueule ou une gueule fatiguée) est illégitime, et cela que l’on croit au ciel ou qu’on y croit pas.»

Valérie demande alors si « l’attention à celui qui est à coté de nous » n’est pas finalement la source de l’optimisme, plutot que le fait de « réaliser des choses extraordinaires ».


Laurent de Cherisey a alors indiqué que « L’avenir ne nous appartient pas, ce qui est important c’est le pas quotidien.» Puis a parlé d’un sens indispensable « le sens de l’amour, le sens de l’autre. » Ainsi à travers toutes les rencontres qu’ils avaient faites au cours de leur tour du monde, il s‘est rendu compte qu’il y avait une « quête universelle du bonheur et le chemin universel pour y arriver, c’est le chemin de l’amour » :

« Beaucoup de questions étaient posées par nos enfants et cela permettait de poser des questions essentielles » disait-il en parlant de son voyage . « Ces questions ont amené à réaliser que dans le cœur des chinois, des boliviens, des américains ou des rwandais il y avait cette même aspiration universelle à l’amour, ce même sens unique de la vie. Après chacun au gré des étapes de la vie peut croire, espérer que ce sens qui va vers l’amour a une source, et que cette source est plus grande que nous. »
Pour René Girard, « un des chefs d’œuvre de l’existence est le vieillissement d’un couple qui est resté fidèle à lui-même, qui a élevé ses enfants et en sont heureux. Plus ont vieilli, plus on comprend que c’est ce qu’il y a de plus extraordinaire dans la vie. »
Ce bonheur finalement simple emporte également l’adhésion d’Axel Kahn :
« En réalité, nous sommes jeunes, adultes, nous avons la possibilité de construire notre vie en fonction de différents éléments, parmi lesquels notre volonté, et puis nous avons des souvenirs, nous avons l’expérience, nous sommes âgés, nous nous émerveillons du petit fils, de l’arrière petit fils…Et ça, ça peut être une vie qui peut être belle si on le veut ainsi. »

14 mai 2006

Osez Ayez de l'audace - Deuxième plateau des convs 2006

2. Deuxième plateau


C’est Stéphane Mondino, jeune chanteur compositeur qui, accompagné de sa guitare, introduisit le deuxième temps de discussion. Cette conversation mit en scène Laurent de Cherisey, Maud Fontenay, René Girard et Axel Kahn avec pour interviewers Véronique Delvolvé, Benjamin Devichy, Olivier Pichon, Valérie Rocher et Geoffroy de la Tullaye.

Au cours de ce plateau, animé par le journaliste Guillaume Roquette, les «conversations» ont oscillé entre des avenirs individuels et collectifs meilleurs, les invités étant conviés à dire comment ils avaient, bâti leur avenir. Ce fut ainsi René Girard, qui dit avoir eu surtout, à 20 ans, envie «de ne rien faire», et qui a eu besoin «d'un coup de pied dans le derrière» pour se mettre au travail.

Puis ce fut le généticien Axel Kahn, membre du Comité consultatif national d'éthique, qui expliqua comment il était «devenu médecin par défaut».


Maud Fontenoy ensuite, première femme à avoir réussi la traversée de l'Atlantique nord à la rame et en solitaire, avant d'affronter le Pacifique, raconta avoir «grandi sur l'eau» et choisi de «se retrouver là où elle se trouve réellement bien».
« On se pose tous à un moment la question de savoir ce que l’on a au fond de soi même, ce que l’on a réellement envie de faire et là où on est vraiment bien, disait elle. Moi je me suis assez vite rendu compte que c’était la mer qui me donnait une force incroyable, qui me donnait cette
liberté, cette pureté. Sur l’eau j’ai l’impression d’être lavée de tout ce que l’on peut accumuler sur terre ; pour moi partir en mer, c’est presque un chemin initiatique, comme un retour à l’essentiel. »

«On a tous le droit et le devoir de rêver», a renchéri Laurent de Cherisey.

«L'essentiel, ajoutait René Girard, c'est de trouver ce qui intéresse vraiment».

Axel Kahn confirma en déclarant que « la seule évidence, est qu’il n’y a aucune valeur éthique, aucune justification à gâcher des potentialités que l’on a, même si l’on hésite sur la nature de ces potentialités. » Et insista : «Ce qui compte, c'est de pouvoir dire en se retournant sur sa vie : ''C'était bien fait''».

Véronique demanda alors : « Comment fait-on quand on sait qu’on ne pourra pas réaliser son rêve. Comment réagir face aux échecs ? Comment garder l’espérance ? »
Maud Fontenoy a alors témoigné de son combat à elle pour garder l’espérance :
« On parle beaucoup de l’arrivée et beaucoup du départ et encore moins de tout ce travail en amont, de tous ces sacrifices, ces doutes qui restent vraiment dans le secret, qui est une période un peu difficile.
Dans cette aventure humaine que j’essaie de transmettre, c’est un combat au quotidien.
Moi quand je me lance un tel projet, j’ai toujours l’impression d’avoir une grande montagne en face de moi. Alors j’apprend à couper la montagne en plein de petits bouts, pour rendre chaque morceaux un peu plus digeste et cela me permet de mieux visualiser et de rester concentrée. En mer, c’est pareil, chaque journée je me satisfait de cette journée passée en mer, de ce bout de rêve qui est déjà acquis, sans regarder le sommet qui est souvent encore dans la brume. »


Elle explique aussi comment les difficultés, la souffrance sont dynamisantes. « Parfois on a peur de ne pas y arriver. Je crois aussi que le bonheur n’est pas forcément quelque chose de confortable, la vie est comme cette grande vague : on apprécie ces moments de stabilité parce qu’on a eu des difficultés pour les obtenir. Les souffrances ne doivent pas être frein mais un dynamisant : défi personnel d’essayer d’apprendre sur soi en allant combattre ses propres doutes. L’important est de tout donné, d’avoir le sentiment d’avoir mis toutes ses capacités personnelles pour essayer d’y arriver. »
Geoffroy, qui a monté avec son frère une entreprise sur le thème de l'eau (www.hydrotour.org), explique ce qui a été moteur de son départ pour un tour du monde : « j’ai réalisé que j’avais ma place, que si j’étais arrivé là c’est parce que j’étais un battant. Et je crois qu’on soit handicapé ou normal, chaque individu à sa place et son utilité dans la société. Comme le dit Descartes : ce n’est presque valoir rien que de n’être utile à personne. »
Pour Geoffroy, on est tous des héros puisque nous nous sommes « le fruit de la victoire d'un spermatozoïde !». Et pourtant, nuance-t-il : « tous ces défis, des envies de vie sont remplis de peurs, de craintes de ne pas y arriver, d’angoisses… ».
Il interpelle alors Maud :
« Maud, parle nous de tes angoisses et de tes peurs ! »


Maud Fontenoy entraîne alors toute la salle dans sa barque au beau milieu de l’Atlantique, lorsque les éléments se déchaînent autour d’elle :
« …et là, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie ! j’ai compris ce que voulais dire mourir de peur… Et pourtant à ce moment là, on a des ressources incroyables. Une chose dont on est sur lorsqu ‘on est face a un problème c’est que ça finit toujours par passer, par s’améliorer. On a cette force incroyable dans la difficulté de trouver une énergie fabuleuse pour réaliser. Je crois qu’on a pas assez confiance en nous. Moi, si j’avais qu’un seul mot que j’aimerai que l’on retienne de cette conversation, c’est : Osez ! Ayez de l’audace ! »

13 mai 2006

Refuser "la fatalité et l'immobilisme" - Premier Plateau

Laurent de Cherisey, créateur d'entreprises, qui revient d'un voyage autour du monde de quatorze mois avec sa femme et ses cinq enfants à la rencontre des « Bâtisseurs d'espoir » , a, pour sa part, insisté sur l'importance de rencontrer «la différence», de refuser «la fatalité et l'immobilisme», et de se révolter «devant l'injustice et la souffrance de l'autre».


« Il y a une loi de la vie qui est toute simple, c’est la loi de la rencontre de la différence. Si j’accepte de rencontrer la différence, je permet le jaillissement de l’étincelle de la vie ; et si je refuse la différence je crée l’exclusion, la peur, la mort : c‘est le résumé du message de ces 18 personnes que l’on a rencontré à travers le monde, qui ont refusé d’accepter qu’ils ne pouvaient rien faire. »


Je suis d’accord avec cette peur anxiogène que l’on peut avoir dans notre monde où on est façonné par les médias, je suis d’accord pour dire qu’il y a des risques immenses. Mais je pense que les opportunités, les possibles sont à la mesure des risques, à la mesure de chacun qui est unique et qui a la capacité, s’il le désire, d’être acteur de changement.
L’important est de se mettre en marche et de refuser cette fatalité en ce disant que le problème est trop grand pour moi donc je ne peux rien faire. Lutter contre l’immobilisme et la réponse que chacun apportera est nécessaire à l’édifice du XXIème siècle. »


Puis le comédien Bruno Ricci, a lu un extrait de « lettre à un jeune poète de Rilke» :
tension entre la peur et la confiance

« Vos raisons d’espérer : comment les avez-vous construites ? »
a alors demandé Hubert Tassin à Arthur H.

Avec le chanteur Arthur H, qui a sorti fin 2005 un sixième album en solo (Adieu tristesse), la conversation a quitté la dimension collective pour rejoindre l'intime : « Ma réalité personnelle rejoint forcément la réalité collective puisque je ne peux pas exister tout seul ».

«Je n'ai jamais douté de mon avenir, a affirmé le fils de Jacques Higelin. Je ne me concentre pas sur les blocages de la société, l'accumulation des pensées obscures et des détritus. Je sens une poussée de la vie en moi qui me pousse vers ma vérité. J'ai fait tout un travail de guérison de moi-même, j'ai appris à avoir de la tendresse pour moi. C'est indispensable pour arrêter de se protéger, aller vers les autres et vers le monde qui a besoin de mon action et de mon énergie pour donner de la beauté et du bien. J’apprends au fur et à mesure des échecs… je me trouve presque condamné à une sorte de plénitude. Parce que être en vie est quelque chose d’extraordinaire, je sens la poussée de la vie à travers moi, de la création, de la conscience qui s’invente, se cherche…

Cela doit être une souffrance de ne pas savoir, de croire que l’on dépend de la société, de ne pas arriver à croire qu’on peut prendre son destin en main et à croire qu’on peut avoir beaucoup de plaisir dans cette vie… Il n’y a pas de moyen plus fort pour faire évoluer sa conscience, son plaisir, son amour que d’avoir un rapport vrai avec les autres. »

Véronique, est alors intervenue pour confier avec netteté son «envie» à elle de bonheur : devenir «une vieille dame, qui partage sa vie avec un vieux mari».

11 mai 2006

Contexte et absence de projet collectif - Premier plateau

Un court métrage réalisé par Mauria et des étudiants de l’ITECOM, avait pour thème : « Demain sera-t-on seul ?, Mais serons nous trouver l’autre ? Traverser l’avenir seul ou ensemble ? ».
Il servit d’introduction à la première conversation animée par Hubert Tassin .





Ce plateau regroupait, Laurent de Cherisey, René Girard, Arthur H et Antoine Vaccaro comme interviewers Olivier de Bannes, Véronique Delvolvé, Nicolas Jan, Herrade von Meyer.

Antoine Vaccaro, docteur en gestion des économies non marchandes, qui a travaillé au sein de grandes ONG, a d'abord souligné l'absence de projet collectif, la prégnance des préoccupations négatives (réduction du chômage, effet de serre, trou de la Sécurité sociale…), et des réponses étriquées qui vont à l'encontre d'une « projection en avant ».
« Il manque de projets de société avec un véritable mouvement pour aller avec courage vers ce futur qui parait si incertain. Et la réponse que nous donne ce collectif auquel nous appartenons est une réponse assez étriquée et pleine de peur, de crainte. Aujourd’hui, nous sommes un peu orphelin de projet collectif qui mobiliserait l’ensemble de notre population dans une ambition, un courage qui nous permettrait d’affronter ces questions… Qui nous emmènerait vers d’autre rivage que ces rivages un peu étriqués.»

Le philosophe René Girard, auteur entre autre de La violence et le sacré et de Des choses cachées depuis la fondation du monde, a déploré une époque « qui n'a plus d'utopie » et énoncé trois faits majeurs faisant peser des « incertitudes » sur l'avenir : environnement, biologie et manipulations de tous les aspects de la vie, puissance de destruction aux mains de certains États : «Ces problèmes n'ont jamais eu d'équivalent, a insisté l'académicien. Nous avons mission de contribuer à influencer les décisions, et spécifiquement les jeunes».

Puis le philosophe a remis chacun devant ses responsabilités :

« …chacun peut contribuer à influencer ces problèmes. En plus le fait que l’humanité soit dans une conjoncture telle qu’elle est, nous donne une responsabilité, qui nous montre qu’on vit une époque absolument unique sur le plan spirituel et intellectuel. Nous nous trouvons devant des problèmes qui n’ont jamais eu d’équivalent dans l’histoire de la planète, par conséquent qui nous oblige a des penser nouveaux.



Ces penser nouveaux ce seront les jeunes qui les auront ou personnes. Donc la responsabilité est à Vous ! »

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