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29 janvier 2007
Conversez, que diable !
Fidèle au poste. Renoncer au dernier mot.
LE PRIOL Pierre-Yves
La Croix : vendredi 26/01/2007
Pour ou contre : en matière de débats, le petit écran aime les oppositions binaires et souvent simplistes. Front contre front, thèse contre thèse, sans nuance ni fécondation réciproque. Le magazine « L'arène de France », animé mercredi soir encore par Stéphane Bern (sur France 2), témoigne de ce penchant pour les oppositions tranchées. Il s'agit de prendre position (oui ou non) sur une question de société, dans un rendez-vous qui ne se veut pas tant un forum citoyen qu'une... arène, donc, pour gladiateurs.
Une telle conception prévaut également le dimanche avec l'émission politique « Ripostes » (France 5), lorsque Serge Moati feint de ramener le calme entre ses invités (« attendez ! », « stop ! », « écoutez ! »), les bras levés au ciel, tout en semblant jubiler dès que cela « punche » à souhait. Le risque, dans l'un et l'autre cas, est bien de déserter la complexité des choses, plutôt que de l'éclairer.
Or le dernier livre d'Alain Finkielkraut, dans lequel il revient sur les débats qu'il anime lui-même à la radio (1), arrive à point nommé pour nourrir la réflexion à ce sujet. Le philosophe y explique l'esprit qui prévaut lors de ces entretiens hebdomadaires : un certain ton perceptible, de fait, à l'antenne. « Nous ne débattons pas, écrit Finkielkraut, nous conversons ! Nous ne prenons pas des positions, nous ne voulons pas avoir raison à tout prix, nous ne nous disputons pas la victoire. Nous nous efforçons de penser à plusieurs, le désir du sens l'emportant sur celui du dernier mot. Bref, les arguments des autres ne constituent pas une menace, mais la chance d'un élargissement. »
Ce qui vaut pour la radio et la philosophie ne pourrait-il valoir un peu plus pour la télé et la politique, ou les problèmes de société ? On pense ici à l'invitation de Charles Péguy à « penser contre soi-même »... Et on se prend à rêver d'une campagne présidentielle au cours de laquelle, ces prochaines semaines, dans les joutes télévisées, les divers candidats, leurs conseillers et « porte-flingue » parviendraient à se rapprocher un peu les uns des autres.
18:22 Publié dans la conversation | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Article très clairvoyant
Pourquoi Bayrou aurait-il le monopole du dialogue ouvert et "transpartite" ? Parce que tous les autres sont persuadés d'avoir la science infuse ? ( à moins qu'elle ne soit diffuse...)
Avons-nous remarqué comment TF1 et France 2 ont communément décidé de diffuser récemment, relativement aux présidentielles, des émissions ou chaque homme politique rencontre successivement des journalistes politiques, mais pas ses adversaires de campagne ?
Les chaines ont-elles implicitement admis que ces politiciens risquaient encore de s'étriper ? Ont-elles ainsi renoncé à la possibilité d'un débat constructif ?
Ecrit par : volkanity | 18 février 2007

